Le débat sur le référendum du 29 mai 2005 est un concentré de tous les enjeux de notre temps :
Non seulement les problèmes ne sont ni posés, ni contrecarrés, mais de plus les dispositions retenues tendent à constitutionnaliser les réponses les plus funestes. De surcroît il est apparu un écart très profond entre d’une part le peuple, partagé sur la question posée, demandant un débat et d’autre part les élites :
Le cœur du dispositif politique de notre pays a été unanime pour se contenter de répéter les vertus et les bienfaits qu’il estimait trouver dans le texte sans jamais citer les articles, ni répondre aux critiques sur le fond, de plus il a monopolisé les moyens de la campagne ;
Les principaux présentateurs radio-télévision et les éditorialistes de toute la presse, qui normalement expriment les préoccupations de l’ensemble de notre communauté de citoyens, n’ont cessé en cette occasion de prendre parti, dénigrant la partie du peuple qui s’opposait à leur unanimité en répétant qu’ils se trompaient de débat, étaient prisonniers de peurs irraisonnées, s’opposaient de façon insensée à l’ambition européenne, étaient "contre l’Europe", etc.
D’une certaine façon, nous devons constater que la campagne a montré que le débat était en partie devenu impossible. Non parce qu’il se serait éteint, mais parce que les relais n’existaient plus, ce qui est une situation très inquiétante.
Nous pensons que les enjeux de notre temps sont :
1- L’absorption de la richesse produite par le travail dans le système financier international qui en retour ne renvoie que des ordres pour encore augmenter les profits, quitte à détruire de l’activité ou de la recherche et développement ;
2- Un système monétaire international instable qui subordonne l’économie mondiale au dollar et à ses intérêts domestiques, et qui permet à telle autre monnaie de rester durablement sous ou surévaluée accentuant ou dégradant la compétitivité de son économie hors de toute proportion ;
3- Les règles du commerce mondial permettent à n’importe qui de produire n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment, pour ensuite le transporter n’importe comment vers où il veut (c’est-à-dire un marché solvable) vendre sa marchandise et amasser ses marges en dehors de toute considération sociale, politique ou environnementale ;
Dans chacun de ces enjeux, on tente de plier la réalité sociale et historique aux exigences de théories qui sont réputées exprimer la réalité, en l’occurrence le monétarisme et le libre échangisme, ce qui est le contraire de la politique.
De plus ces politiques servent les intérêts des puissances financières et des firmes transnationales. En conséquence les sociétés s’appauvrissent en salaire, pouvoir d’achat et cotisations sociales, ainsi que pour les recettes fiscales des Etats, qui, héritant des obligations définies pendant les Trente glorieuses, sont obligés d’affronter plus de problèmes avec moins d’argent.
4- Du point de vue des relations internationales, en discréditant l’exigence d’indépendance des Etats, qui engendrerait un monde organisé en une constellation d’Etats entretenant des relations formalisées dans des traités, et en la remplaçant par l’idée séduisante d’unité, en Europe, dans l’Organisation mondiale du commerce, nos gouvernants qui ne savent plus ou n’ont plus le courage de gouverner peuvent rester en place en étouffant le débat sous l’idée que rien d’autre n’est possible.
Par conséquent, nous, citoyens qui jusqu’à présent étions juste conscients, informés, éventuellement actifs, avons considéré que nous devions nous engager plus et avons décidé de mettre en œuvre notre projet les-europes afin de tenter de contribuer au nécessaire renouvellement de notre débat public et à la nécessaire refondation de notre politique. Nous appelons nos concitoyens à nous rejoindre pour relever ce défi.